Parmi les termes qui ont perdu tout leur sens aujourd’hui, il y a celui-là : être musulman. Si vous posez la question à 10000 personnes sur la signification du mot musulman, vous aurez grosso modo 3 types de réponse reposant sur deux définitions globales et toutes bien loin de la définition coranique de ce terme. À tel point que je me pose à chaque fois la question sur ce que peuvent bien sous-entendre les gens lorsqu’ils emploient ce terme.

Faisons un tour rapide et grossier des deux définitions les plus majoritairement admises consciemment ou inconsciemment quant à ce terme :

  • Un musulman est un Arabe.  Ou un n’importe quel sémite qui ne serait pas juif (Berbère, Turc, etc…)
  • Un musulman est un adepte du prophète Mohamed.

À cela s’ajoute malheureusement une définition de plus en plus populaire qui est liée à la seconde définition :

  • Un musulman est un adepte du prophète Mohamed qui était un pilleur, terroriste, pédophile sanguinaire.

Deux définitions et demi qui n’ont quasiment aucun rapport avec le Coran et ses enseignements. Nous sommes tombé bien bas! Il faut l’admettre.

Certains trouveront que je caricature et que j’exagère. Et pourtant, bien que je caricature effectivement un peu, je n’exagère pourtant pas tant que ça. Nous sommes bel et bien dans cette situation et c’est même peut-être pire que de le dire.

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai vu des voleurs, dealers et autres déchets de notre société considérés comme étant « musulmans » par des non musulmans tantôt, mais aussi (et c’est là le malheur) par des gens qui se proclament musulmans et même parfois par des imams. Je ne compte plus le nombre de filles mariées de force, ou sous haute pression, à des alcooliques non pratiquants, ou des hommes de mauvaise foi, etc… en usant du prétexte que ces derniers étaient des fils de musulmans et que cela faisait d’eux des musulmans potentiels. Dès lors, ces derniers n’avaient qu’à prononcer une attestation de foi reconnaissant Mohamed comme étant un envoyé de Dieu et cela effaçait comme par enchantement tout leur passif et les rendait éligible à épouser leurs filles. J’ai vu ce scénarios joué des centaines de fois… et même si les meurs changent ici en occident concernant le mariage (dont on a que faire ici dans cet article), il n’en reste pas moins que cette définition du musulman par « hérédité ethnique ou sociale » demeure en profondeur. Et si vous voulez vous même tester cette confusion du terme au sein de la pseudo-communauté, il suffit d’aborder cela sur des sujets sensibles tels le mariage et la prière sur un défunt et vous constaterez les aberrations du terme.

Vous l’aurez compris, je m’adresse à ceux qui sont dans le déni et pourraient prétendre que la première définition résulte d’une méconnaissance des communautés arabo-berbère et serait donc exclusivement employée par les occidentaux. Qu’ils se réveillent donc et regardent autour d’eux avec objectivité et ils verront rapidement que les « arabes » (toues origines sémites confondues)  sont les premiers à véhiculer cette définition, notamment par leur manque d’ouverture aux autres cultures. Et les noirs musulmans sont certes de plus en plus acceptés par les autres ethnies dites « arabes », mais ils ne sont acceptés qu’à moitié la plupart du temps. Et je ne parle même pas des asiatiques qui sont encore très dénigrés par la plupart des dits musulmans. Le caractère social prend malheureusement souvent le dessus sur la religion.

Mais revenons-en au mot musulmans (« mouslim » en arabe). Beaucoup s’offusquent lorsque je leur dit que j’ai honte d’être amalgamé au mot « musulman ». Il pensent aussitôt et systématiquement que je suis dans le rejet de mes origines, ou de la religion, et que je développe une sorte de complexe par rapport à cela. Certains cherchent à me « ramener à la raison » en tentant de me convaincre que je devrais être fier de ce porter ce titre de « musulman » qui est « un privilège » et non une fatalité. Certes! Mais c’est qu’ils n’ont rien compris à mon propos… et comment le pourrait-ils? Etant donné qu’ils sont eux-même pour la plupart dans la confusion quant à la définition de ce terme… certains dans les débats basculent même de la définition n°1 à la n°2 avec une légèreté déconcertante!

Lorsque vous leur démontrerait l’aberration de la définition d’hérédité sociale, ils basculeront sur la définition d’adepte de Mohamed. Et lorsque vous leurs feraient remarquer que le coran désigne pourtant d’anciens prophètes comme « mouslim » ils bégueront et vous suggéreront qu’il y avait une définition avant Mohamed et qu’il y a désormais une définition après Mohamed… What else?!

Je vais m’arrêter là, car cette pseudo communauté me fatigue! Vraiment! Et que rien que d’en parler m’éloigne systématiquement de la piété.

En parlant de « communauté », il y aurait presque autant à dire sur la déformation de la définition du mot « oumah » qui ne veut presque plus rien dire aussi. Mais ce sera peut-être l’objet d’un autre article.

Et si on en revenait plutôt au coran pour voir de quoi il s’agit lorsque le mot « mouslim » est employé ; ça nous fera des vacances loin de l’acceptation débile et populaire du terme.

Tout d’abord je vais commencer par dire qu’il y a une définition en vogue qui définit le « mouslim » comme « soumis » et qui me plait beaucoup. Par contre je trouve le terme parfois assez réducteur car le terme arabe va bien plus loin. Ce n’est certes que mon avis, mais je ne vais pas me contenter de vous le donner, je vais aussi vous expliquer pourquoi en analysant le concept en profondeur.

Commençons par jeter un oeil rapide au dico :

  • سَلَمَ : tanner une peau
  • سَلِمَ : être sain et sauf / échapper à
  • سَلَّمَ : se soumettre à la volonté de Dieu
  • سَلَّمَ : saluer quelqu’un / souhaiter la paix à/  céder, se rendre / obéir, se résigner, être docile / préserver
  • سَلَم / سَلْم / سِلْم : paix, sécurité, sérénité, sûreté
  • سُلَّم : échelle / hiérarchie administrative
  • سَلِيم : indemne, intact, juste, sain

On pourrait se demander à juste titre quel est le rapport étymologique entre tous ces termes. Et en effet, quel rapport peut-il y avoir entre une « échelle » et le fait de « tanner une peau » ou encore « être en paix ».

On peut déjà décler un rapport entre « سَلَمَ » –> tanner une peau et « سَلِيم » –>sain. En effet un peau se putréfie si on ne la tanne pas. Et le fait de la tanner permet de la pérenniser, de la maintenir saine, de la préserver dans un état acceptable. On a donc ici la notion de « préserver » qui se dégage. Pareillement, dans la notion de « paix » il y une volonté de « préserver » une certaine sérénité et harmonie en faisant des concessions et en prenant sur soi. Se soumettre à Dieu nécessite aussi de faire des concessions, de prendre sur nous dans le but d’intégrer le système de Dieu que nous reconnaissons comme être parfait et étant aussi le seul système pouvant conduire à l’harmonie et la paix. On peut déjà dégager un semblant de définition commune entre tous ces termes qui est de « faire un effort pour préserver une harmonie »

Ok… et l’échelle dans tous ça? … que vient faire le mot « سُلَّم » dans cette séquence étymologique?

Et c’est là que justement je trouve que le fameux terme français « soumission » montre ses limites de traduction. En effet, la soumission est une attitude de rabaissement. Hors ce que l’échelle suggère c’est plutôt une ascension, une élévation. Je pense d’ailleurs que symboliquement ça peut renvoyer à une ascension spirituel.

Mais complétons donc notre définition commune de la racine « salama » : « faire un effort pour procéder à une élévation qualitative puis préserver cet état ». Je pense qu’on peut même résumer en « perfectionnement ».

Dans le cas de la soumission à Dieu, il pourrait s’agir d’un effort à se soumettre aux règles divines pour s’élever spirituellement et intégrer l’harmonie et la sérénité divine.

Mais s’agit-il réellement de soumission « à » Dieu ?

Le verbe « aslama » est généralement suivi de la préposition « li »+le nom, ce qui est traduit par « à ». Hors si l’on regarde de plus près dans tout le coran, cette préposition « li » est une préposition spécifiant « un but » ou « un objectif à atteindre« , et certes parfois une appartenance. Et donc pour commencer, j’y verrais plutôt dans notre cas la traduction « soumission pour Dieu » et non pas « soumission à Dieu ». Si nous intégrons la notion d’élévation spirituelle cela donne « élévation spirituelle vers Dieu« . Et dans le cas du perfectionnement il s’agirait d’un « perfectionnement avec pour objectif Dieu« .

Que l’on se comprenne bien, il ne s’agit nullement de dire que la soumission n’est pas la bonne traduction, c’est même actuellement une des meilleures traductions et qui couvre le mieux l’ensemble du Coran. Il s’agit seulement de compléter la traduction pour comprendre que par le mot « mouslim/musulman » on entend « une personne qui fait un effort nécessitant des concessions de sa part pour se perfectionner et maintenir l’état d’amélioration et d’harmonie qui sera atteint ». Voilà selon moi la définition la plus complète du terme. Alors selon le contexte coranique ce sera parfois plutôt le côté « purificateur » qui sera mis en avant, d’autre fois le côté « pacificateur« , ou encore tantôt le côté « perfectionniste » ou devrait-on plutôt dire « perfecteur« , ou encore le côté « préservateur« … Le musulman devrait être un aspirant à toutes ces choses de toute manière. Il se doit de viser haut et d’adopter une mentalité d’amélioration constante de soi et de sont contexte, puis de son entourage dans la mesure du possible.

Comme on le voit ici, la définition du mot Mouslim est bien loin (malheureusement) des définitions populaires du mot « musulman ».

Laissez moi terminer avec quelques essais de traduction à méditer :

72:14 – Et que nous avons parmi nous les perfectionnistes et parmi nous les corrupteurs ; Alors quant à celui qui se perfectionne, alors ceux-là ont fait le choix de la droiture.

 

49 : 17 – Ils ressassent la faveur qu’ils te font du fait qu’ ils se perfectionnent. Réponds : « Ne ressassez pas sur moi votre volonté de perfectionnement.  En fait c’est plutôt Dieu qui  ressasse ses faveurs sur vous du fait qu’il vous a accordé à la foi, si vous êtes sincères.

 

2 : 130 à 132 – Et qui se détournerait de la dénomination religieuse d’Abraham si ce n’est celui qui leurre sa propre âme? Et en effet nous l’avons choisi en ce bas monde, et certes il est dans l’au-delà sûrement parmi les justes. Lorsque son Seigneur lui a dit : « Perfectionne-toi! ». Il répondit : « Je me perfectionne pour le Maître des univers intelligibles. » C’est aussi ce qu’exhorta par cela Abraham à ses fils ainsi que Jacob : « Oh mes enfants! En effet Dieu a indiqué pour vous la probité afin que nullement vous ne décédiez si ce n’est alors que vous êtes dans une perspective d’amélioration. »

 

3 : 83 – Y aurait-il donc autre chose que le devoir à Dieu qu’ils cherchent? Alors que pour lui se perfectionne quiconque dans les cieux et la terre volontiers aussi bien qu’à contrecœur, puis vers lui ils seront retournés.

 

4 : 125 – Et qui est meilleur en devoir que celui qui perfectionne son être pour Dieu alors qu’il est bienfaisant et suit la désignation religieuse d’ Abraham : « un monothéisme ». Et Dieu a considéré Abraham comme affidé.

 

2 : 112 – Mais par contre, celui qui perfectionne son être pour Dieu et tout en étant philanthrope, alors pour lui sa récompense (est) auprès de son seigneur. Et aucune crainte sur eux et aucunement ils seront affligés.

 

2 : 128 – Notre Seigneur et fais de nous deux des perfecteurs pour toi, et de parmi nos descendants un ensemble de gens dont le point commun est de se perfectionner pour toi. Et montres nous notre manière de nous consacrer à la piété et amènes nous à la résipiscence. C’est toi l’Agréant du repentir, le Plus Miséricordieux.

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